Inférence statistique pour un processus de type diffusion
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University of Tlemcen
Abstract
L
a statistique des processus stochastiques se situe à l’interface de la théorie
des probabilités et de l’inférence mathématique. Ses fondements théoriques
trouvent leur origine dans la construction rigoureuse du mouvement brownien
par Wiener [96], puis s’appuient sur la théorie de la mesure et la théorie des
martingales établies par Doob [25]. Tous ces fondements théoriques fournissent
l’infrastructure conceptuelle nécessaire à l’analyse des dépendances temporelles
et à l’étude asymptotique des procédures statistiques. Cette infrastructure est
ensuite consolidée par des outils analytiques cruciaux tels que les dérivées de
Radon-Nikodym définies par Shepp [90] pour les mesures gaussiennes ou le calcul
des intégrales stochastiques développé par McKean [76]. Hoel et al. [32] et Revuz
et Yor [88] développent aussi certains concepts fondamentaux tels que les chaînes
de Markov, les processus de Poisson et le mouvement brownien, synthétisant
ainsi une base de la modélisation des dynamiques aléatoires. L’élaboration d’une
théorie unifiée de l’inférence pour ce type de processus trouve son accomplissement
dans des traités de référence, nous citons l’ouvrage de Liptser et Shiryaev [69],
qui présente une synthèse rigoureuse des processus stochastiques et étudie les
filtrations et les processus de Markov.
L’inférence asymptotique pour les processus stochastiques est étudiée par Ibragimov et Khasminski [36] où l’outil puissant de la propriété de la normalité asymptotique locale (LAN) est introduit. Il convient également de mentionner l’apport
essentiel de Hájek [30], dont les travaux ont structuré la théorie moderne de la
condition LAN et de l’efficacité statistique. Pour le cas des diffusions en régime
de faible bruit, plusieurs travaux de Kutoyants [44, 45], [46], [47, 50] adaptent
et développent considérablement cette théorie sous des conditions de régularité
appropriées. L’auteur établit la condition LAN uniforme, la consistance et les propriétés asymptotiques des estimateurs classiques : du maximum de vraisemblance
et de bayes. Son ouvrage de référence (Kutoyants [49]) synthétise ces avancées
en présentant une théorie complète de l’estimation paramétrique avec des résultats clés sur la consistance et l’efficacité asymptotique. L’étude approfondie de
la classe des estimateurs de la distance minimale pour les processus de diffusions
est développée par Kutoyants [53]. D’autre part Kutoyants, Mourid et Bosq [54]
abordent le cas plus complexe d’un processus de diffusion linéaire avec retard.
2
Introduction 3
Apoyan [2] aborde l’estimation paramétrique dans un processus de diffusion non
linéaire où la dérive est non différentiable par rapport au paramètre inconnu.
Dans le même contexte Korso [41] étudie l’estimateur du maximum de vraisemblance pour des retards multiples dans la dérive d’un processus de type diffusion.
D’autre part Mourid et Benyahia [79] traite le problème de l’estimation semi paramétrique pour la densité de probabilité des retards dans la dérive. Nous rappelons
aussi les travaux sur l’estimation semi paramétrique de Iacus [33] qui aborde le
problème de l’estimation de l’état d’un système dynamique perturbé à partir de
l’observation de la trajectoire d’un processus de diffusion dont le coefficient de
diffusion (petit) est connu alors que le coefficient de dérive est une fonction régulière inconnue. Iacus [34] propose aussi un estimateur semi paramétriques pour le
coefficient de dérive dans un système dynamique non homogène.
Pour les modèles où le paramétrage exact n’est pas disponible Kutoyants [52]
explore l’estimation non paramétrique de la fonction de dérive, en proposant des
méthodes adaptées à ces modèles flexibles. Mourid et Kutoyants [56] proposent
un estimateur fonctionnel de la mesure représentant les retards dans la dérive
dans un processus de type diffusion par la méthode de la distance minimale. Une
étude exhaustive de ces questions est présentée dans l’ouvrage de Kutoyants [55],
qui couvre aussi bien le cas régulier que les situations non régulières. L’exploitation des propriétés ergodiques a également permis d’étudier la consistance et
le comportement asymptotique des estimateurs à partir d’observations stationnaires. Kutoyants en a systématisé l’étude dans [58], couvrant les cadres paramétrique et non paramétrique, avec des développements détaillés dans [52, 57]
et des contributions complémentaires de Dalalyan [17, 18], Dachian [13] et Negri [82]. Parallèlement, l’inférence pour les processus fonctionnels a été initiée
par Bosq, notamment à travers son traité avec Lecoutre [6], ses travaux sur les
vitesses paramétriques des estimateurs non paramétriques en temps continu [7]
et son ouvrage de référence sur l’estimation et la prédiction non paramétriques
pour les processus stochastiques [8]. Dans ce prolongement, Mourid a étendu avec
Kara-Terki [37] la théorie LAN aux processus autorégressifs hilbertiens, adaptant
ainsi l’inférence asymptotique aux données fonctionnelles dépendantes. Enfin, les
processus de Poisson non homogènes constituent une autre classe essentielle de
modèles en temps continu, adaptés à la description de phénomènes ponctuels. Les
travaux de Kutoyants [48, 51] ont largement développé la théorie de l’estimation
de leur intensité, considérant à la fois les situations régulières et non régulières,
ainsi que les approches paramétriques et non paramétriques, comme le présente
son ouvrage récent [65].
Dans cette perspective générale, l’analyse statistique des processus stochastiques conduit naturellement à s’interroger sur la validité des modèles utilisés
pour décrire les phénomènes observés. En effet, si les méthodes d’estimation per-
4 Introduction
mettent de déterminer des paramètres ou des fonctions ajustés aux données, elles
ne garantissent pas que la structure probabiliste choisie reflète fidèlement la dyna mique réelle du système. Ce problème mène directement à l’étude des procédures
permettant de tester la compatibilité d’un modèle avec les trajectoires observées.
Les tests d’ajustement constituent précisément un outil fondamental de cette dé-
marche. Ils permettent d’évaluer l’adéquation entre un modèle probabiliste et
les données enregistrées, en fournissant des critères objectifs pour juger la va lidité d’une hypothèse portant sur la loi gouvernant les observations. Ces tests
sont aujourd’hui largement utilisés dans de nombreux domaines, l’économétrie,
la biologie, les mathématiques financières et les sciences de l’ingénieur, ...
Dans ce travail, nous nous focalisons sur la problématique des tests d’ajuste ment pour des processus de type diffusion évoluant en régime de faible bruit en
particulier. Cette branche de l’inférence statistique a été progressivement étendue
à des contextes variés, allant des cas classiques d’observations ponctuelles indé-
pendantes et identiquement distribuées (i.i.d.) aux structures plus complexes de
l’observation de processus continus