L’expression littéraire de la banlieue dans la littérature migrante Une écriture entre décentrement et hybridité
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University of Tlemcen
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Cette thèse se propose d’analyser les formes les plus récentes de l’expression littéraire
de la banlieue dans la littérature migrante d’expression française, en se concentrant sur les
productions des deux dernières décennies. À travers un corpus composé de Un tocard sur le
toit du monde de Nadir Dendoune (2010), Bleu Blanc Noir de Karim Amellal (2016) et 404 de
Sabri Louatah (2020), il s’agit d’interroger les modalités esthétiques, narratives et linguistiques
par lesquelles ces récits issus des marges urbaines et postcoloniales élaborent une poétique de
l’éclatement, du métissage linguistique et du décentrement énonciatif.
Ces œuvres s’inscrivent dans un tournant générationnel et littéraire : elles marquent une
rupture avec les écritures à dominante testimonialiste des décennies précédentes, tout en
conservant une forte charge critique. Les auteurs étudiés affirment une subjectivité pleinement
littéraire, recourent à une langue transgressive, ironique ou hybride et expérimentent des formes
narratives nouvelles, telles que la polyphonie, l’enchâssement, la fragmentation ou l’ouverture
des fins. Ce faisant, ils déplacent les cadres de légitimation traditionnels et redéfinissent les
contours d’un champ littéraire plus inclusif.
La réflexion se structure autour de trois axes complémentaires. Le premier, d’inspiration
thématique, s’appuie sur les motifs récurrents qui traversent cette littérature, mémoire familiale,
quête identitaire, exil intérieur, violence urbaine et sentiment d’invisibilité. La banlieue y est
représentée comme un espace dialectique, à la fois lieu de relégation et d’émancipation. Le
deuxième axe adopte une approche sémiotique et discursive, mettant en lumière les stratégies
langagières de subversion : métissage, sociolectes, surécriture et ironie permettent de détourner
les normes du français légitime. Enfin, le troisième volet analyse l’hybridité formelle des récits
comme symptôme d’un monde disloqué et d’une subjectivité fragmentée, en rupture avec les
conventions romanesques classiques.
En revalorisant ces écritures à la fois périphériques et innovantes, ce travail entend les
reconnaître comme des contributions majeures à la littérature française contemporaine, au sein
d’une francophonie plurielle, transnationale et en perpétuelle reconfiguration.