Application des « théories de complexité » dans l’analyse de la morphogénèse urbaine Cas d’étude : les tissus urbains traditionnels en Algérie
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University of Tlemcen
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La ville n’est pas un objet figé ni un simple assemblage de formes, mais le produit d’une
morphogenèse urbaine, entendue comme un processus dynamique, continu et adaptatif de
formation et de transformation. Cette morphogenèse résulte de l’articulation entre facteurs
sociaux, économiques, politiques et juridiques, qui interagissent dans le temps et produisent
des organisations spatiales en constante évolution. Considérée sous cet angle, la ville apparaît
comme un système complexe, où les formes visibles traduisent des processus invisibles
d’organisation et d’adaptation. Or, les approches classiques de la morphologie urbaine,
essentiellement descriptives et forgées dans des contextes occidentaux, peinent à saisir cette
dimension dynamique.
Dans ce cadre, les théories de la complexité offrent un cadre conceptuel et
méthodologique pertinent pour analyser la morphogenèse urbaine. Elles considèrent la ville
comme un système où les formes émergent des interactions multiples. La géométrie fractale
permet d’interpréter l’irrégularité apparente des tissus urbains en la reliant à des invariances
d’échelle ; tandis que la théorie des réseaux modélise les rues comme des graphes, mettant en
évidence hiérarchies, et centralité ; et enfin la simulation par automates cellulaires offre un
outil opérationnel pour reproduire et explorer la dynamique temporelle de la morphogenèse à
partir de règles locales simples. L’articulation de ces approches permet de relier les formes
visibles aux processus qui les produisent, en mettant en évidence l’organisation sous-jacente
et l’évolution des formes urbaines.
Les villes islamiques traditionnelles constituent un exemple révélateur de l’approche
morphogénétique. Loin de correspondre à une image de désordre, elles se structurent selon
des règles précises issues du droit islamique, de la vie communautaire et des exigences
fonctionnelles. L’irrégularité apparente des tissus urbains ne traduit pas une absence de
planification, mais révèle au contraire une organisation fonctionnelle et adaptative, où chaque
ajustement local contribue à la cohérence d’ensemble. Cette morphogenèse incrémentale,
guidée par des normes sociales, juridiques et culturelles, engendre des structures globales
cohérentes.
La recherche combine analyse fractale, théorie des réseaux et simulation par automates
cellulaires appliquées à quatre villes algériennes, notamment la Casbah d’Alger, la médina de
Tlemcen, le ksar de Ghardaïa et le ksar d’Ouargla, afin d’examiner leurs morphogenèses. Les
résultats montrent que leurs réseaux viaires suivent une distribution en loi de puissance,
confirmant une organisation hiérarchisée et l’existence d’invariances d’échelle
caractéristiques des systèmes complexes, où l’irrégularité visible révèle une logique profonde.
L’objectif de la thèse est de montrer que les théories de la complexité, à travers leurs outils
analytiques et de simulation, permettent d’offrir une autre lecture de la morphogenèse urbaine
et de renouveler la compréhension des villes islamiques traditionnelles, tout en ouvrant des
perspectives pour leur valorisation patrimoniale.