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Titre: Bioécologie des Coléoptères (Arthropodes- Insectes) du marais salé de l‘embouchure de la Tafna (Tlemcen).
Auteur(s): BOUKLI HACENE, Samira
Mots-clés: Bioécologie
Date de publication: 19-jan-2014
Résumé: Le marais salé de l‘embouchure de la Tafna présente plusieurs originalités liées, d‘une part à sa situation naturelle en tant que zone éponge de la zone d‘estuaire du bassin versant de la Tafna et d‘autre part à son état perturbé engendré par une action anthropique intense (mise en place de l‘usine d‘aquaculture et agriculture). L‘hydrologie de surface a révélé des niveaux de submersion différents, ainsi le marais est soumis à des inondations fréquentes déterminant une unité de mise en eau naturelle représentée par trois secteurs : (i) le secteur submersible semi-permanent, situés aux points les plus bas et à salinité très élevées qui atteint 52,6g/Kg de terre sèche; (ii) le secteur temporaire à submersion intermittente, celleci dure entre trois et quatre mois et à salinité moyenne de 24g/kg de terre sèche; (iii) les secteurs éphémères qui se mettent en eau suite aux fortes précipitations et à salinité qui ne dépassent pas les 15g/kg de terre sèche. L‘unité de mise en eau artificielle engendrée par le canal d‘irrigation se localise au niveau des deux faciès de végétation intermédiaires Juncus maritimus et Typha angustifolia. Les cinq faciès de végétation individualisés à partir de l‘espèce différentielle la plus représentative sont : (i) trois faciès hydrophiles halophiles qui se succèdent du Nord au Sud, selon un gradient décroissant d‘hydromorphie et de salinité, depuis Arthrocnemum glaucum jusqu‘à Suaeda fruticosa, passant par Salicornia fruticosa; (ii) deux faciès hydrophiles non halophiles correspondant à Juncus maritimus et Typha angustifolia. L‘analyse de la composition faunistique globale du marais salé a conduit à la détermination d‘une collection de 3833 individus appartenant à 140 espèces, pour un bilan de 560 échantillons récoltés pendant la période d‘étude allant d‘octobre 2009 à septembre 2010. Ces espèces sont inégalement réparties entre 31 familles, 50 sous familles, 113 genres. Dans cette communauté, les Carabidae dominent aussi bien en nombre d‘individus qu‘en richesse spécifique. Ils représentent plus du quart de la faune analysée avec 29% des espèces récoltées et son importance relative par rapport à l‘abondance totale est de 45% (1730 individus). La faune du marais de l‘embouchure de la Tafna appartient à la zone paléarctique. L‘établissement et le classement des cartes a permis de mettre en évidence trois grands groupes de cartes composés d‘un nombre variable d‘espèces : (i) Le premier groupe englobe les espèces à très large répartition géographique signalées dans 29 à 54 pays de la région paléarctique ; (ii) Le deuxième grand groupe réunit le plus grand nombre d‘espèces à large répartition présentes dans moins de 29 pays ; (iii) Le troisième groupe est celui des espèces à répartition géographique limitée, signalées dans moins de onze pays. -140- Du point de vue biogéographique, le peuplement est constitué de contingents différents d‘espèces. Les espèces cosmopolites à large répartition en Europe et en Asie de l‘Est sont les plus dominantes avec plus de 44% de la collection totale alors que les 13 espèces ibériques maghrébines constituent 11% du peuplement. Les espèces méditerranéennes représentent 32% de l‘ensemble des Coléoptères dont 8 % sont des espèces endémiques à la Méditerranée occidentale et 9 % des espèces endémiques d‘Afrique du Nord dont deux espèces non encore citées en Algérie, Bembidion fluviatile unctulum et Psilothrix illustris. Parmi cette faune endémique exceptionnelle, une espèce remarquable Dapsa pallescens est une endémique des côtes méditerranéennes d‘Algérie et du Maroc, en revanche, Orthomus abacoïdes est une endémique d‘Algérie. L‘analyse de la structure et la micro-organisation des peuplements dans le marais a permis de mettre en évidence la variabilité spatiale aussi bien de la richesse spécifique que la richesse en nombre. Le nombre d‘espèces est plus faible, dans le faciès à Arthrocnemum glaucum situé dans les points les plus bas, avec 19 espèces et il atteint sa valeur maximale dans les points les plus hauts à Suaeda fruticosa où elle est de 87 espèces. Le nombre d‘individus total oscille avec de grands écarts d‘un faciès à un autre. La valeur maximale de l‘abondance est notée dans le faciès halophile à Salicornia fruticosa représentant ainsi 31,64% du peuplement global alors que le faciès le plus bas à Arthrocnemum glaucum affiche la valeur minimale avec seulement 465 individus. Les différents indicateurs de diversité utilisés pour l‘étude descriptive de la structure et dans l‘espace et dans le temps des peuplements de Coléoptères récoltés dans cinq faciès de végétations a mis en relief les particularités des peuplements en place. Ainsi, les valeurs de l‘indice de diversité H‘ de Shannon-Wiener et de l‘indice de Simpson D, fortement corrélées et variant de manière synchrone entre les différents faciès de végétation. Ces deux indices exposent un gradient similaire établi comme suit : faciès à Arthrocnemum glaucum > faciès à Juncus maritimus > faciès à Typha angustifolia > faciès à Salicornia fruticosa > faciès à Suaeda fruticosa. L‘équitabilité spatiale J‘ très peu corrélée à l‘indice de diversité H‘, laisse apparaître un ordre de classement différent : faciès à Juncus maritimus > faciès à Salicornia fruticosa et faciès à Suaeda fruticosa > faciès à Salicornia fruticosa > faciès à Suaeda fruticosa. Quant à l‘équitabilité de Simpson D, elle dévoile une augmentation de la régularité des peuplements de Coléoptères de l‘aval vers l‘amont du marais, l‘ordre retenu va depuis le faciès à Suaeda fruticosa > faciès à Salicornia fruticosa > faciès à Juncus maritimus > faciès à Typha angustifolia > faciès à Salicornia fruticosa > faciès à Suaeda fruticosa. Les valeurs de l‘indice de Hill proches de 1 confirment une grande diversité et une régularité des peuplements dans l‘ensemble des faciès mais également du peuplement global du marais. -141- L‘analyse spatiale des paramètres structuraux (richesse spécifique, l‘indice de diversité H‘ et l‘équitabilité) approchée par le modèle de DIMO, a permis de fournir une image synthétique de la structure de la faune du marais. Le modèle montre une évolution spatiale de type 2 «eveness-type» qui traduit une richesse spécifique et une diversité changeantes mais une régularité constante. La confrontation entre les cinq variables du milieu (l‘élévation, la richesse floristique, le taux de recouvrement, la durée de submersion et la salinité) et les indices de diversité à travers une régression simple a révélé que seule la richesse floristique est significativement (r²=0,91 et p=0,029) corrélée à l‘indice de diversité de Simpson. Les autres indices ne montrent aucune corrélation significative (p inférieur à 0,05) avec le milieu. Les diagrammes Rang- fréquence des peuplements de Coléoptères dans les différents faciès de végétation appliqués au modèle de FRONTIER et au modèle de MOTOMURA, traduisent une diversité et régularité élevée des peuplements dans les cinq faciès de végétation témoignant ainsi d‘une maturité du site d‘étude. L‘application de l‘AFC et de la CAH ainsi que le calcul des FDM ont permis d‘identifier six entités coenotiques. Ces entités définissent trois principaux assemblages d‘espèces selon un gradient décroissant des valeurs de FDM : (i) des espèces plastiques communes à tous les faciès de végétation et indifférentes aux fluctuations de l‘hydromorphie et la salinité, avec deux espèces pilotes Microlestes abeillei et Amblystomus algirinus ; (ii) des espèces halophiles et hydrophiles dont deux à forte contribution bionomique Pogonus chalceus et Emphanes axillare occiduum spécifiques aux faciès les plus halophiles à Arthrocnemum glaucum et Salicornia fruticosa ; (iii) des espèces à faibles valeurs de FDM se répartissant entre un sous-peuplement de 31 espèces retrouvées uniquement dans le faciès à Suaeda fruticosa. Le trait essentiel à ressortir de l‘approche spatiale est l‘absence totale d‘un degré d‘exclusivité des espèces vis-à-vis des entités des peuplements. Ainsi, sur le plan spatial, les limites entre les groupes d‘espèces ne sont pas tranchées et les changements graduels de l‘hydromorphie et de la salinité se traduisent par une modification des dominances spécifiques plutôt que par un changement radical de la composition des peuplements des Coléoptères. Seulement huit espèces en commun entre les points les plus bas et les points les plus hauts ont pu être observées. La variabilité spatio-temporelle des paramètres de structure, principalement la richesse spécifique et l‘abondance, montre que la saison printanière et en second lieu la saison estivale sont les plus riches principalement dans le niveau le plus haut à Suaeda fruticosa. Le suivi temporel dévoile d‘une part, un état appauvri dans le marais en périodes automnale et hivernale et un accroissement de la richesse spécifique en période estivale et surtout printanière, lorsque l'abaissement du niveau de l'eau découvre des plages vaseuses riches en matière organique et en microorganismes et d‘autre part, un état -142- équilibré dans l‘ensemble des faciès approuvé par l‘equitabilité J’ qui témoigne de la régularité des peuplements. L‘organisation trophique des peuplements de Coléoptères repose essentiellement sur cinq groupes trophiques catalogués dans le marais. La spécialisation de ces groupes augmente en fonction d‘un gradient décroissant d‘hydromorphie et surtout d‘halophilie. La structure trophique quantitative et qualitative reste dominée par les prédateurs dans l‘ensemble du marais à l‘exception du niveau le plus xérique où les phytophages dominent quantitativement. Dans cette zone humide, bien que de petite taille, l‘enjeu au niveau écologique est très important car elle constitue une composante fonctionnelle majeure de l‘hydrosystème, en garantissant une fonction hydrologique (zone éponge assurant une régulation des crues) mais également des fonctions biologiques (diversité faunistique et floristique élevée). L‘étude réalisée sur les Coléoptères de cette zone humide constitue une première en Algérie. Elle a permis de signaler les caractéristiques toutes particulières de cette faune : son originalité dans sa composition et son degré de régularité exceptionnelle révélée aussi bien par les indices de diversité que par ses groupes trophiques. La singularité de ces biotopes en termes d‘importance de la biodiversité qu‘ils hébergent et la présence d‘espèces endémiques remarquables fait que cette faune particulière mérite d‘être protégée. Les menaces sont sérieuses car dans le secteur le plus bas à halophytes, cette faune est menacée par la mise en place d‘une usine d‘aquaculture et les périodes sèches prolongées qui règnent dans de cette région font que le secteur le plus haut à Suaeda laisse graduellement la place aux cultures. Il faut souhaiter que ce travail puisse constituer un appui solide pour mener une action rapide de protection de cette zone humide, les principaux résultats ont déjà été publiés dans une revue d‘écologie de renommée internationale (BOUKLI HACENE et al, 2012). Cependant, il est loin d‘être achevé, l‘inventaire doit impérativement continuer et un suivi devrait être mis en place si l‘on veut raisonnablement pouvoir parler de gestion d‘espaces naturels. Notre perspective est donc d‘élargir les recherches sur d‘autres groupes zoologiques et sur un nombre supplémentaire de biotopes similaires dans le Nord de l‘Algérie. Les recherches en perspective devraient se concrétiser par plusieurs axes menés à court et moyen termes correspondants essentiellement à : - la réalisation d‘une collection de référence des Coléoptères d‘Algérie et plus spécifiquement celle des zones humides ; - la détermination des menaces potentielles qui pèsent sur ces espèces de Coléoptères et la faune en général et leurs habitats dans le seul but de sauvegarder la biodiversité de ces zones humides, avec l‘établissement d‘une liste des espèces à protéger à soumettre aux Instances Nationales et Internationales
URI/URL: http://dspace.univ-tlemcen.dz/handle/112/3390
Collection(s) :Doctorat en Ecologie et Environnement

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